23.02.2006

Revue de Presse du Corsaire - Québec -

 

La Référence 2005 - Numéro 31

 

Au sommaire de ce numéro :

 

 

·         Madeleine Wickham fait un drôle de mariage

·         François Harray se change en corsaire

·         Nouvelle librairie gay / lesbienne à Paris

·         Le roman d'une génération gay et lesbienne

·         Rencontre avec Cécile Bailly et Grib Borremans

·         ThéGlacé perd son directeur de collection

·         Entrevue avec François Harray

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François Harray se change en corsaire
par Thierry Zedda

Né en 1962 à Bruxelles, François Harray, est devenu une personnalité de la lecture G&L dans le monde Francophone puisqu'il est à l’origine de la collection Thé glacé (éditions Biliki), des ouvrages de qualité dont le fil conducteur semble être avant tout la liberté d’expression, la générosité aussi. À l’image de sa propre vie, puisqu’il préféra prendre des distances avec son métier d’orthophoniste pour mieux se rapprocher d'êtres plus fragiles encore, toxicomanes ou ados sur le fil du rasoir. Il vient de publier son premier roman aux éditions Cylibris.

Dans Le Corsaire, on ressent d’emblée le souffle des identités que François Harray a croisé au cours de sa vie. Elles sont la sève de cet ouvrage. Nous suivons Maximilien pour un long voyage surréaliste le menant de Marrakech à Istanbul, aux côtés de Cem, jeune adolescent qu’il s’est promis de ramener à sa mère, Aicha « la possédée ». Commence alors une descente en enfer baroque et hallucinée comme celle d’un sevrage. Un vaste puzzle éparpillé dont chaque apparition devient un élément crucial. Maximilien part à la rencontre des fantômes de ses amants, de son frère et de sa mère, tous disparus, mais surtout de lui-même. L’oeuvre est singulière, sans compromis d’aucune sorte. Un ovni. Les personnages s’entremêlent, les sentiments tout autant. A la fois roman et conte se lisant aussi tel un journal. Les mots sont précis. L’écriture est riche et précieuse comme pour éviter tout superflus littéraire. C’est un acharnement à la survie, saignant comme la lame d’un sabre.
François Harray est un homme habité de mille histoires. Belles et enivrantes. Mystérieuses aussi. Comme celle de cet homme au destin brisé qui ose s’aventurer au cœur de ses entrailles. Il nous parle de la vie et de ses brisures mais au détour d’une page surgit soudain un frisson qui réveille en nous les senteurs de nos émois adolescents. C’est cela la force de cet écrivain. Le chaud et le froid d’une justesse à aucun moment pathétique. Le Corsaire est un livre passionnant. Il se lit et se relit en offrant à chaque fois de nouvelles interprétations. Semblable à une page blanche tendue comme un miroir face au lecteur. C’est un livre qu’on garde, posé pas très loin, et dans lequel on se replonge, à l’infini. Du pur bonheur.

François Harray, Le Corsaireroman, éditions Cylibris, 2005, 155 pages, 17 euros.

ThéGlacé perd son directeur de collection

Dans un courrier officiel daté du 27 novembre 2005, François Harray annonçait sa démission de la collection gaie ThéGlacé, qu'il dirigeait depuis 1988 et qui avait récemment intégré les éditions Biliki.

Chers Amis, chers sympathisants de ThéGlacé,
Via ce courriel, je vous annonce que j’ai décidé d’arrêter mes activités en tant que directeur de la collection ThéGlacé pour des raisons personnelles. À partir de ce jour, Patrick Lowie, responsable des Éditions Biliki qui a repris avec beaucoup de succès notre collection, sera votre seul interlocuteur. Je tiens au passage à remercier les fidèles amis qui m’ont soutenu dans cette aventure depuis 1998 ! Aventure qui a été fichtrement fructueuse puisqu’elle continue de plus belle. Je tiens également à remercier tout particulièrement les membres/amis bénévoles et dynamiques du comité de lecture ainsi que Dominique De Brandt, créateur et gestionnaire de notre très beau site ThéGlacé. Enfin, je remercie tous nos auteurs qui ont bien voulu nous faire confiance ainsi que les journalistes/chroniqueurs qui ont bien voulu mettre leur plume au service de nos publications. Enfin, je m’en voudrais si je ne saluais pas au passage les libraires qui nous ont généreusement soutenus.
Je suis très fier du travail que nous avons fourni tous ensemble.

Interrogé lors du salon du livre de Montréal en novembre 2000, Patrick Lowie avait présenté la collection ThéGlacé en ces termes :
« ThéGlacé est jeune mais elle comblait un manque dans les maisons de littérature belges». C'est que, à l'encontre de la collection Le Rayon chez Balland en France ou, plus près de nous, la collection L'Heure de la sortie chez Stanké, la Belgique n'avait pas d'éditeur spécifique réservé à la littérature gaie. « La création de cette maison a relancé le débat sur l'existence d'une littérature gaie, explique-t-il. Je crois qu'il y a une littérature féministe donc, je crois qu'il y a aussi une littérature gaie qui demande à être publiée. » ThéGlacé, un collectif d'écrivains, n'a pas toujours été bien reçue et certains journaux « n'ont pas voulu en parler » donc, en ce qui a trait aux médias « il y a aussi une difficulté à faire connaître la littérature en général et la littérature gaie en particulier et il faut que les médias fassent leur part ». Le genre éprouve des difficultés de diffusion : « Partout on me dit qu'on ne sait pas comment les gens vont la recevoir, que c'est une littérature particulière, comme si les livres de cuisine n'entraient pas dans une catégorie de littérature particulière», de rétorquer l'auteur et éditeur belge. [Entrevue Michel St-Laurent pour D-G-Q.]

La nouvelle adresse mail de ThéGlacé est : collection@biliki.com
Nouveau site : http://editions.biliki.net/collections/theglace/index.html

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Entrevue avec François Harray
par Pierre Salducci

L'éditeur et romancier belge s'exprime sur son départ de chez ThéGlacé et sur la publication de son premier roman.

Vous êtes directeur de la collection ThéGlacé publiée par les éditions Biliki, depuis combien d’année existe cette collection, quel est son parcours et d’où est né l’envie de la créer ? Comment en êtes-vous venu au métier d’éditeur ? Quel bilan faites-vous de cette aventure au bout de toutes ces années ? Avez-vous le sentiment d’avoir découvert ou lancé des auteurs ? Êtes-vous particulièrement fier de certains titres et pourquoi ?

C’est en tant qu’ex-directeur de la Collection ThéGlacé que je vais m’exprimer dans cet article puisque je viens d’arrêter il y a peu, pour des raisons personnelles, mes activités chez Biliki. Ceci précisé, j’ai en effet créé ThéGlacé en 1998 avec quelques amis. À l’époque, nous n’avions aucune expérience dans le domaine de l’édition. Nous avons débuté en arpentant les rues et librairies de Bruxelles avec des sacs en plastique rempli de nos deux premiers livres fabriqués en fonds propres. Suite à un article dans Le Soir, le journal le plus important en Belgique francophone, les Éditions Labor nous ont repérés et intégrés parmi leurs diverses collections. Nous avons travaillé en leur compagnie jusqu’en 2004, avant de rejoindre les Éditons Biliki, fondées par Patrick Lowie, ami et auteur, entre autre chez ThéGlacé. Petit à petit, ceci sans prétention aucune, un confidentiel succès s’est imposé dans le milieu littéraire belge, français et québécois.
L’envie d’éditer des fictions à orientation LGBT correspondait à un impérieux besoin de diffuser des textes qui soient proches de la communauté gaie. Nous ressentions la nécessité de consolider notre identité grâce à un langage qui nous est proche, mais aussi de tenter modestement de la libérer chez les jeunes homos, via cette littérature spécifique. Je pense que l’adolescent – le futur homme - se construit entre autre à l’aide de la lecture qui est une excellente école de vie. Cette évidence ne nous a pas cloisonnés pour autant dans un ghetto, comme d’aucuns tentent de nous le reprocher. Bien au contraire, nous sommes restés à tout moment ouverts avec beaucoup de vigilance aux autres communautés, quelles qu’elles soient.
Ce fut pour moi une aventure ébouriffante qui m’a permis surtout de vivre cet instant unique, sinon magique, de pouvoir découvrir un Auteur et de faire éditer son bébé nouveau ! Actuellement, la Collection se porte très bien avec plus de neuf titres. En outre, elle se trouve en d’excellentes mains chez Biliki. Le dernier né, Ton Aile de Benoit Charuau, obtient un excellent accueil littéraire au sein de la presse spécialisée et du public.

Vous venez de publier un premier roman chez Cylibris, pourquoi avoir choisi de le faire paraître dans une autre maison que la vôtre ? A-t-il été difficile de trouver un éditeur ?

Lorsque j’ai terminé Le Corsaire, j’ai remis le manuscrit anonymement à mon propre comité de lecture ! Bien que quelques-uns de mes amis aient repéré l’entourloupe, non sans me bluffer à leur tour par après, ce dernier fut largement apprécié. Étant mal à l’aise à l'idée de m’autoéditer, peut-être par orgueil, j’ai désiré qu’il soit choisi par des professionnels qui ne me connaissaient pas. Je voulais qu’il soit élu de part ses qualités intrinsèques et non grâce à mon statut de directeur de collection. Je l’ai alors envoyé à plusieurs éditeurs dont Cylibris, maison d’édition où je n’avais aucune entrée. Il m’était essentiel d’être considéré comme un auteur à part entière et, donc, de suivre la filière comme quiconque. Et … cela a marché ! J’en suis ravi !
En ce qui concerne l’écriture du Corsaire, ma motivation semi-consciente était d’exorciser un ténébreux passé à l’instar de Maximilien, le héros. Il fallait que j’enterre, ou plutôt engloutisse à travers une fiction un tantinet surréaliste - où la plupart des personnages sont inventés - quelques vieux fantômes adulés. Je dédie principalement ce livre à mon frère Christophe, aujourd’hui disparu, dont la présence se love en permanence dans ce roman. Ceci dit, malgré une narration d’apparence apocalyptique, ce livre reste résolument optimiste par rapport à une certaine essence humaine. Il croit au destin qui, s’il est capté au bon moment à bon escient par l’Homme, peut devenir un outil d’ouverture vers de nouveaux horizons parfois impromptus qui réconcilient l’âme, en tout ou en partie, avec l’existence.

Quel bilan faites-vous suite à la sortie de ce livre ? Comment trouvez-vous l’expérience de la publication du côté de l’auteur et non plus du côté de l’éditeur ?

Les critiques reçues jusqu’à présent sont globalement positives même si ce livre présente des défauts inhérents à tout premier roman. Je pense qu’il est possible de faire mieux, qu’il faut absolument faire mieux ! Je suis de ce fait en train de commencer un nouveau roman qui sera tout à fait différent dans sa structure de narration, puisqu’il va s’agir d’un huis-clos déjanté qui est bien loin des grands espaces que parcours Maximilien dans Le Corsaire. Tout se passera dans une chambre noire. À suivre…

François Harray, Le Corsaireroman, éditions Cylibris, 2005, 155 pages, 17 euros.

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Le Corsaire

Après un long séjour en prison, Maximilien quitte l'Europe pour le Maroc, sur les traces d'un Corsaire, être fantasmé, quintessence de tous ses amants. Entre Marrakech et Essaouira, il vit alors un songe flou, hanté par ses souvenirs, puis rencontre une pauvre folle, Aïcha "la possédée"...S'engage alors un voyage initiatique qui le conduit à Istanbul sur les traces de Cem, le fils d'Aïcha, enfant perdu qu'il entend ramener à sa mère, dans un périple chaotique et bariolé.

 

Oeuvre au noir portée par une langue baroque et flamboyante, le Corsaire mêle récit, conte et journal, pour nous entraîner dans un univers de délabrement, tour à tour onirique et surréaliste. Le narrateur y survit, meurtri par la perte du père, du frère, des amants. Au cours de cette déréliction auront lieu des rencontres, comme autant de révélations ouvrant le chemin d'une seconde existence.

 

Dans une autre vie, François Harray fut orthophoniste. C’est après un virage radical qu’il devint éducateur dans un centre d’aide aux toxicomanes puis dans un foyer d’adolescents en difficultés. Il dirige la Collection ThéGlacé depuis 1998, passée depuis aux mains des Editions Biliki et se consacre désormais exclusivement à la prose et l’écriture scénaristique.

 

Vous pouvez vous procurer « Le Corsaire » via le lien ci-dessous ou chez votre libraire préféré :  http://www.adventice.com/store/detail/19946/le_corsaire.h...